Orage

 

Une pluie épaisse, grasse et cinglante tambourine sur le toit de tôle de mon destrier à roulettes.

 

Les arbres font le gros dos sous la verve du vent.

 

Des éclairs de feu pâle, en branches éphémères, lézardent le ciel noir et lourd qui semble infini.

 

 

Les phares des voitures sont comme les regards apeurés de jeunes chats dans leur corbeille, à l'approche d'un danger qu'ils ne comprennent pas. Des gyrophares de couleur passent et repassent sans réussir à égayer le paysage plombé. Les roues des mastodontes fabriquent des gerbes d'eau qui s'écrasent sans douceur sur les capots voisins.

 

 

Sur l'océan, le pêcheur, concentré, maintient tant bien que mal son navire à l'endroit. Les vagues sont grosses et belliqueuses. Elles jouent à s'envoyer la coque blanche et bleue, qui du dos de la main, qui du creux. Le bateau gémit, sûr de disparaître mais gardant son courage. Le pêcheur gémit aussi,sous l'effort et la fatigue.

 

 

 

Le ciel crache et hurle. Les nuages gris d'acier, noir de jais, bleu d'abysses, se contorsionnent et roulent des yeux fous sous leurs sourcils sombres et froncés. La montagne, patiente et terrassée, attend que le grain passe et que la voûte en colère retrouve enfin son calme.

 

 

Car l'Orage fatigue toujours, même lorsque, très gourmand, il avale les paysages un à un, sans compter. L'Orage finit toujours par vider son grand sac de feu, flammes, larmes et vociférations. Comme la fin d'un caprice, la fin d'un orage a des airs de sourire sur un visage d'enfant.

 

Alors, la nature reste un instant immobile, aux aguets. Surveillant le retour d'une colère.

 

Et petit à petit, elle redresse la tête, détend ses épaules, se remet à respirer normalement. Et reprend ses parlottes, ses chants, ses couleurs et sa tendresse.

 

 

Une nuit silencieuse s'est installée sur le monde. Les nuages sont bien loin, et leur maître l'Orage aussi. Les étoiles, grelottantes, apparaissent dans le ciel dégagé. La lune s'est drapée d'un voile de tulle blanche qu'elle serre sur ses épaules pour se protéger de la fraîcheur du soir.

 

Les chatons se sont endormis, contre le flanc de leur mère.

 

Les arbres laissent sécher leurs feuilles au gré de la brise.

 

Le navire reprend son souffle, flatté de la main par le pêcheur rasséréné.

 

Les animaux de tôles, usés par leurs voyages, sont rangés bien au chaud derrière leurs portes de garages.

 

 

 

L'Orage s'en est allé, avec dans son sillage, ses sbires rouspéteurs qui dansent la farandole...

Septembre 2014

 

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