Sans tête ni queue

 

Ou drôle d'histoire d'une fin sans début et d'un début sans fin.

 

 

 

 

Si je devais écrire une nouvelle, elle parlerait...

De quoi parlerait-elle ?

 

De moi, sûrement, de toi, de vous, d'il ou d'elle. Ou de crocodiles et d'hirondelles. Non non, elle parlerait...

 

De quoi parlerait-elle ?

 

 

 

Si je devais écrire une nouvelle, comment commencerait-elle ?

 

Oui, comment ?...

 

 

Peut-être comme ça :

 

 

"Si j'étais quelqu'un d'autre, qui serais-je ?"

 

 

Voilà.

 

...

 

Mais non, mais non, voyons, je ne commencerais pas par une question !

 

Allons, recommençons :

 

 

Si j'étais quelqu'un d'autre, je serais...

 

 

 

Non non non, ça ne va pas, tout ça. Ca ne va pas du tout, ça ! Allons, un peu moins d'embarras. Inspirons, expirons, bien, c'est ça. On se concentre... Voilà.

 

Et vous, silence ! Je ne m'entends plus penser, moi.

 

 

 

Merci.

 

Je commence, donc.

 

 

 

Bonjour.

 

Je me présente. Je m'appelle Anabelle. Anabelle Sanssoussi. Et je suis libraire en plein Paris. J'ai une petite librairie, mimi sans chichis, coincée entre un resto chinois et un marchand de tapis. Je passe mes journées entourée de romans, de dictionnaires et de recueils de poésie. J'en suis ravie ! Je dis «Bonjour Madame, Bonjour Monsieur, bienvenus à la maison du livre Sanssoussi (car c'est ainsi que s'appelle ma librairie). Vous trouverez ici tout ce qui vous plaît, aussi ce qui ne vous plaît pas, et peut-être ce qui vous fait envie ! N'hésitez pas ! » Et je souris.

 

 

 

Oui oui.

 

Je pourrais commencer comme ça.

 

 

Non, ça ne va pas !

 

 

 

Les i, c'est embêtant. Ca fait sourire tout le temps.

 

Ah mais par contre, voilà qui est tentant :

 

 

 

Bonsoir !

 

Je suis Armand Du Talent, charmant de nature et gentil tout autant. Je travaille peu, de temps en temps. Mais lorsque je travaille, je travaille vraiment ! Je ne suis pas petit, sans dire que je suis grand. J'ai des chaussures de toile assorties à mes gants et j'aime bien les crocus qui sortent au printemps. Je n'aime pas les harengs, mais par contre, oh misère ! J'adore le parmesan... 

 

 

 

C'est mieux, c'est mieux.

 

Non, messieurs ? C'est pas mieux ?

 

Mais enfin, qu'est-ce que j'y peux ?

 

Oui, vous avez raison, j'y peux tout, pour mon malheur. Mais j'y peux rien si rien ne vient.

 

Ah si, ça, je vous assure ! Si je pouvais j'écrirais...

 

 

 

J'écrirais quoi, d'ailleurs ?

 

 

 

Mes hommages, mon cher ange.

 

Vous souvenez-vous de moi ? Je suis Demange, le frère de Solange. Nous allons bien, oui merci. Voudriez-vous venir, dimanche, avec nous à la plage ? Nous voulons, comme chaque dimanche, parfaire notre bronzage. C'est-à-dire qu'à mon âge, on n'est plus si gracieux. Et qu'à vendre du cirage dans la boutique de Solange je ne prends pas beaucoup le chaud ! A faire du rayonnage, point de rayons sur la peau...

 

 

 

C'était mieux comme ça, n'est-il pas ? Nenni ?

 

Ah...

 

Quoi, quelle heure est-il ?

 

Une heure pile !

 

C'est malin, il faut que je file...

 

 

 

Alors, s'il faut conclure, ce qu'il y a de sûr, c'est que si j'écrivais une nouvelle, je ne saurais pas comment la commencer !

 

Par contre, soyez sûrs que je saurais la terminer.

 

 

 

...

 

D'ailleurs, comment pourrait-elle bien se terminer ?

 

Avril 2014

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0