Fenêtres

 

L'enfant regarde par la fenêtre embuée un avenir qu'il ne peut pas voir. Dehors, un soleil chaud brille. A travers la vitre, il embrasse le front de l'enfant qui sourit. Un oiseau à la robe bleue et pourpre chante à tue-bec. L'enfant s'assied, met son pouce dans la bouche, et s'endort. Le front sur le baiser du soleil.

 

 

 

L'ado regarde par la fenêtre crasseuse l'arrivée d'un avenir encore imprécis. Les couleurs des feuilles d'automne dansent devant ses yeux et dessinent sur son front des arc-en-ciel joyeux. Là-bas, un grand nuage tout blanc a déplié ses voiles. Il attend, patiemment, que l'ado grimpe enfin sur son dos pour l'emmener en voyages. L'ado attrape son sac, et s'envole.

 

 

 

L'adulte cherche du regard, par la vitre givrée, son passé trop lointain. Il fronce les sourcils, plisse les yeux, et fouille tant qu'il peut le monde flou derrière la fenêtre. Dehors, le noir et blanc glisse sur les trottoirs gras de la ville. Une jardinière aux fleurs dorées agite son mouchoir blanc au passage des travailleurs. L'adulte soupire. Le monde s'efface d'un coup de brume.

 

 

 

Le vieux ne voit plus bien. Il reste près de la fenêtre, toute la journée, et laisse ses yeux profiter du défilé du temps. Plus loin, dans l'herbe, deux oiseaux se disputent une miette de rose. Ils s'envolent soudain au passage d'un chien curieux. L'un laisse au sol une plume câline. Le vieux tend la main, prend sa canne, et va chercher la plume.

 

 

 

L'Homme Ciel est assis sur son trône. Il regarde sous ses pieds les milliers de visages, derrière les fenêtres, tournés vers lui. Dans sa main gauche, il garde le passé, petit gnome humble et tendre qui parle très rarement, par petits bouts de phrases. Dans sa main droite, l'Homme Ciel conserve l'avenir, grand lutin fier et jovial qui babille, bavard, en jolis mots chantants. Sur sa tête, perché, le présent est debout, nez au vent, yeux grands ouverts, jetant à tout venant ses graines d'éternité.

 

 

 

Et moi, aussi, je regarde par la fenêtre.

 

Mars 2014

 

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