Parce que la jeunesse ne s'enfuit pas : elle demeure sous de nouveaux visages

"Vous souvenez-vous?

De ces rencontres d'un jour, d'un soir, dans l'enceinte privilégiée d'un bal, d'un festival?

 

Vous souvenez-vous du comment, du pourquoi de ces rencontres?

 

Vous souvenez-vous du premier sourire, du premier rire, du premier pas de danse, de la première note de musique échangés?

 

Je ne m'en souviens pas tout à fait, pour ma part.

Des bribes d'évènements, des anecdotes, des morceaux de souvenirs... Pas plus finalement.

Stages, festivals, bals, boeufs, concours... Autant d'endroits pour s'ouvrir à des rencontres, sans se douter que dans la lumière des sourires se tisse la toile d'amitiés passantes ou durables.

Bouilles enjouées de cinq si jeunes musiciens par-ci, adolescents danseurs à l'aisance admirée par-là, groupe tout juste sorti de l'oeuf applaudi un peu plus loin, belles rieuses aperçues là-bas, jour de l'an aux allures de fourmilière euphorique...

 

Qui se douterait, en mettant le pied dans le bain de cette musique et cette danse qui se portent l'une-l'autre, que les rencontres faites en un instant pourraient être autant de pièces d'un paysage à l'avenir familier et nécessaire?

 

Qui se douterait, au premier coup d'oeil dans une salle de bal, que des échanges même brefs sur un parquet bondé pourraient se transformer en amitiés diverses?

 

Et puis hop, en voiture Simone, voilà que je te retrouve là, et toi ici. Oh, et vous voilà aussi? Comment va de ton côté, que fais-tu donc ici, où vas-tu avec qui? Rions, chantons, buvons, jouons, dansons, apprécions tout en masse, jusqu'à la prochaine fois!

Voilà donc que les énergies se dressent, que le vent souffle dans des voiles fraîchement hissées par des matelots volontaires. Nous tous, avec eux, à louer cette énergie là, à nous regrouper autour d'elle. On s'y créé un endroit de rencontres encore plus privilégié. On se fait une joie de s'y retrouver, presque un devoir même. Parce qu'à chaque fois, on y entrevoit la promesse de beaux moments, la reprise de rires laissés en suspens une fois précédente, le partage renouvelé des pas de musique et des notes de danse...

 

 

Les années passent.

 

Les visages perdent leurs rondeurs enfantines, les regards se chargent de vécu, les vies s'affirment.

On prend du poil sur le menton, on en perd peut-être sur le caillou. Quelques oies laissent traces de leurs pattes au bout des cils, les corps se parent d'atours.

Des rencontres s'ajoutent, la toile se tisse toujours, encore, toujours, encore.

Les rires, eux, ne changent pas; ni même les étincelles qui fleurissent dans les iris aux cent couleurs. Nous sommes là, encore, entre nous, comme les gamins que nous étions. Que nous restons, finalement. 

 

Les routes ont été tellement différentes! Semées de nids de poule, droites comme une nationale de la Beauce, épinglées comme les chemins de montagne, chantantes comme les bords des canaux... Mais nous voilà quand même là, à faire étape au même endroit, le temps d'un pique-nique ou d'un bivouac. Même pas besoin de boussole...

 

Un soir, un bal, organisé par l'équipage du même navire que celui qui nous a entraîné dans son sillon quelques années auparavant. Capitaine, second, matelots, mousses, certains ont débarqué pour laisser leur place à d'autres.

Qu'importe, puisque nous sommes toujours là, ensemble.

Et que zut, c'est quand même une belle chose que de pouvoir prétendre passer une soirée à danser et rire entre amis des quatre coins de France, des années après que tout ait commencé, et bien des années avant que tout soit terminé.

 

 

 

En souvenir de nos rencontres, et de toutes nos retrouvailles.

 

Mots inspirés par une discussion de voiture avec une chère varoise, au retour d'un certain bal au creux du Berry.

 

Parce que lorsque je vous regarde, que je nous vois, je n'ai qu'envie de sourire et de rester là où je suis."

 

Février 2011

 

 

 

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