St Gervais-les-Nuages

 

Les nuages noirs marchent, courent, avancent sur le monde. Ils ont tantôt le visage d'un monstre avide, tantôt celui d'un héros magnifique. Ils passent tranquilles en jouant de leurs formes, roulant des mécaniques comme de beaux mâles trop fiers vêtus de gros blousons pour attirer le regard.

 

 

 

Les nuages noirs pleurent, crient, hurlent et chantent sur les prés verts, les traces et les cahutes. Ils trempent les villages, et délavent les couleurs de l'été. Ils jouent, devant nos regards émerveillés, à coudre des rideaux de pluie que nous pourrions sans doute tirer de la main si nous étions plus près.

 

 

 

Les nuages noirs grondent, feulent et ronronnent dans le ciel patient. Ils étreignent les cœurs, angoissent les enfants passés et ravissent les yeux gourmands des poètes inavoués. Ils rappellent à nos oreilles de leurs voix millénaires, rauques et profondes, notre immense insignifiance et nos besoins de grandeurs.

 

 

 

Les nuages noirs nimbent, protègent et cachent la lune. Ils voient tout et ne répètent rien de ce qui se passe sous leur ventre, dans ces endroits perdus habités de sentiments. Ils s'amusent à observer les pas de danses des fourmis de couleurs qui s'affairent là en bas, les sourires de parquets et les bêtises de grands gosses entraînés par la nuit.

 

 

 

Les nuages noirs s'émeuvent, soupirent et s'attendrissent sur la vie de ces humains. Ils embrassent du regard les baisers anciens, nouveaux, d'instants ou de plus tard. Les complicités innombrables échangées par les hommes. Les étreintes d'amitiés réchauffées par la danse. Les colères, aussi, et les avis divergents qui froncent les sourcils, échauffent les joues ou mouillent les cils.

 

 

 

Alors les nuages noirs s'impatientent, frémissent et tendent les bras. Ils réclament eux aussi un morceau de ces joies, ces peines, ces choses du cœur qu'ils ne connaissent pas. Ils demandent en pluie, en orages, en froideur, une douceur chaude et câline à prendre sur leur dos, pour leur voyage au bout du monde.

 

 

 

Or les nuages noirs sont trop loin, s'éloignent trop vite et sont trop silencieux. De nous ils ne reçoivent que des regards inquiets, et de trop rares sourires. Mais, pour nous remercier du spectacle de nos vies et nous les rendre plus belles, ils prennent la couleur des colombes à robes blanches, peignent un tableau de brumes et disparaissent dans un souffle, laissant dans leur sillage une tendresse arc-en-ciel.

 

 

 

Moi je les regarde s'éloigner, les contemple un moment... Puis je retourne me nicher dans les bras de la fourmilière, goûter à vos rires, vos chants, vos danses, vos amitiés, vos amours, vos baisers. Je reviens vivre. Avec vous.

Août 2014

 

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